05 mai 2008
coupable
la Cour me jauge
le public spectacteur sur les bancs du Tribunal, me regarde avec horreur
mon avocat a baissé les bras, et les yeux aussi
la défense me toise et ricane
on m'a demandé de me lever, on veut que je m'explique, que j'essaye de faire comprendre
mais comment leur faire comprendre ?
mais comment leur expliquer ?
d'abord, c'était il y a si longtemps, je devais avoir dix ou onze ans
c'était dans un pays d'Afrique où mouches et cafards étaient le lot quotidien, comme aujourd'hui dans les jolis foyers, le petit hamster, sauf que là on n'en voulait pas, ils étaient là, et l'on ne connaissait pas encore les produits chimiques qui nous aurait débarrasser d'eux
et moi j'en avais une peur bleue, pourquoi bleue d'ailleurs, je n'en sais rien, une peur viscérale, une peur qui anéantissait toute forme de raison en moi
et mue un jour par un courage qui me fit me surpasser, j'ai ouvert le placard, j'ai eu le courage de les regarder
j'ai frotté l'allumette
je les ai grillé un par un
et puis j'ai réalisé qu'ils étaient toujours là plus nombreux, plus agressifs, j'ai refermé le placard
je suis coupable du génocide des cafards de ce placard
je ne demande pas votre clémence, aujourd'hui encore je ne comprends pas mon geste, sauf ce souvenir pour la première fois de ma jeune vie d'avoir eu le courage d'ouvrir un placard
